Une réputation qui laisse à désirer…

Dans le monde du football et dans l’imaginaire des amateurs passionnés de ce sport, les supporters sont, en règle générale, assez mal vus, souvent stigmatisés pour leur violence et leur attitude dans et autour du stade. Signe de cette défiance envers les ultras, les autorités prennent de plus en plus de décisions drastiques pour empêcher les débordements, au point même selon certains de « tuer » toute passion dans le football (l’interdiction grandissante des déplacements de supporters est en particulier montrée du doigt). Mais malgré les haines et les rancœurs, il existe certains contre-exemples de solidarité et d’amitié dans le monde des ultras.

C’est exactement ce qu’il s’est passé en septembre 2014, alors que Lille devait recevoir Nantes pour une rencontre de Ligue 1 au sein du flambant neuf stade Pierre Mauroy. La semaine précédant cette rencontre, les supporters canaris de la Tribune Loire avaient émis un communiqué expliquant leur boycott du match pour cause de prix de billets trop élevés ainsi que des conditions de voyages et d’encadrements trop contraignantes. Comme l’explique l’un des membres de la tribune au magazine SoFoot, « L’an dernier, on avait déjà gardé un goût très amer de notre excursion à Lille ».

Une contestation, puis vient la solidarité

Malgré tout, et en plus de quelques autres qui ont bien voulu prendre place en parcage officiel, une bonne cinquantaine de supporters nantais se sont rendus au stade ce jour-là. Ces irréductibles, qui ont fait le voyage en voiture depuis la côte-ouest, se sont regroupés au sein du stade pour contester ces décisions à l’aide de banderoles et expliquer leur situation. Très vite, les forces de l’ordre les ont encerclé et demandé de quitter l’enceinte, car ils n’occupaient pas de place définie et parce qu’ils restaient debout pendant la rencontre, ce qui est interdit selon le règlement intérieur du club lillois.

C’est alors que le « miracle » eut lieu. Touchés par leur abnégation et leur message, les supporters locaux, les Dogues Virage Est ont tout simplement invité les nantais à partager leur tribune pour le temps d’un match. Un fait exceptionnel, une solidarité incroyable qui laisse des images impressionnantes de deux groupes ultras, pourtant rivaux à la base, embrasser la même cause. En effet, bien que par respect les nantais n’aient pas entonné leurs chants traditionnels de soutien à leur équipe, certains refrains contestataires ont bien été repris par l’ensemble des deux groupes présents dans le kop lillois. A certaines occasions, la solidarité entre supporters et de surcroît la défense de leurs conditions et de leur quotidien dépasse le simple fait de supporter son équipe.

Un message fort aux autorités

Comble de l’ironie, les nantais vont exhiber une banderole où il est inscrit « Coucou Paquet, on est là ». Frederic Paquet, directeur général adjoint du LOSC jusqu’à la saison passée est ici pointé du doigt pour avoir rendu la vie difficile des supporters nantais. Point de désaccord majeur : le billet en tribune visiteur qui était facturé 25 euros pour l’occasion, soit à l’époque l’un des tarifs les plus élevés de tout le championnat de France.

Mais au-delà des simples revendications, c’est bien évidemment la symbolique de cet événement qu’il faut retenir. Bien sûr les supporters lillois se sont servis de cet événement pour faire passer quelques messages à leur direction mais, et c’est bien le plus important, tout le monde a pu assister au match de football (qui sera finalement remporté par les nordistes, deux buts à zéro) !

Comme l’expliquaient en 2014 les différents médias qui avaient couvert l’affaire, c’est la première fois que deux groupes « ultras » devaient partager une même tribune, ici pour la bonne cause. Les supporters ont certes parfois des comportements inadaptés, malgré tout, il faut aussi souligner ce type d’événements, qui redore largement leur blason !