Un inconnu parmi d’autres

Comme l’a une fois si bien souligné l’artiste Andy Warhol, tout le monde a droit au moins une fois dans sa vie à son « quart d’heure de célébrité ». Si cette critique acerbe de l’américain avait pour but initial de dénoncer les effets pervers des médias de masse et en particulier de la publicité, cet adage s’adapte très facilement au monde du sport, en particulier au football. Ils sont en effet nombreux ces joueurs, anonymes, jouant pour d’obscurs clubs ou non, qui par un coup d’éclat lors d’un match se sont fait un nom dans la grande histoire du ballon rond.

OM1

Pour Fabrice Apruzesse, la célébrité aura duré dix-sept minutes (plus le temps additionnel). En ce jour de novembre 2012, l’Olympique de Marseille se déplace en terre girondine pour y affronter Bordeaux. A la 73e minute, Mathieu Valbuena est remplacé par un inconnu de 27 ans. Malgré son âge avancé, Apruzesse va ainsi disputer ses premières et seules minutes en tant que professionnel. Habituellement pensionnaire de l’équipe B phocéenne qui évolue en CFA2, celui qui en plus du football est chauffeur-livreur dans la vie de tous les jours va tout simplement apprécier ce moment fort, celui d’avoir l’opportunité de joueur avec son club de cœur, au point d’admettre que ce soir-là, il a « exaucé [son] rêve. »

Engagé pour encadrer les minots

En réalité, rien ne présageait Fabrice Apruzesse de disputer un jour un match de L1 à son arrivée à l’OM. Engagé la même année par le club de Vincent Labrune pour encadrer les Minots (terme local qui désigne les jeunes) évoluant en cinquième division nationale, il va savoir saisir sa chance. De par son expérience et son âge, il va être appelé par Elie Baup, entraineur de l’équipe première, pour pallier aux blessures de bon nombre de ses joueurs. Et l’intégration de ce marseillais pur-jus va très vite se faire : « J’ai vraiment vécu des bons moments, avec des gars gentils.» Un rêve pour tout supporter qui se respecte…

Mais malgré tout, Fabrice Apruzesse est bien loin d’être arrivé par hasard dans le groupe professionnel. Très bon joueur amateur, il a fait les beaux jours de l’autre équipe de la ville, Marseille-Consolat. Deuxième meilleur buteur du championnat de CFA, il sait faire parler sa puissance et sa vitesse dans les défenses adverses. Un profil rare dans l’équipe professionnelle, comme l’explique Franck Passi, membre du corps technique : « Il a un profil qu’on ne possède pas chez nous. Il est puissant, fort mentalement et adroit devant la cage. »

Un rêve devenu réalité

Et pourtant, rien n’a été facile pour Fabrice Apruzesse, en particulier les jours suivant le match contre Bordeaux. Peu habitué à la célébrité, il va également être sujet de moqueries des réseaux sociaux qui s’amusent de son niveau et de l’incongruité de sa présence en professionnel. « Je ne comprends pas certaines critiques, même si maintenant, ça me fait plus rire qu’autre chose. Certaines choses m’ont touché au début, que ce soit moi ou ma famille. Mais je n’y fais plus attention. » En faisant abstraction de ces critiques, Apruzesse veut à tout prix garder le positif de cette expérience et les merveilleux souvenirs qui vont avec !

En jouant ces fameuses vingt grosses minutes en L1, Fabrice Apruzesse a marqué à bien des égards l’imaginaire collectif des amateurs de football. Ainsi, il a exaucé le rêve le plus fou de tout supporter, celui d’un jour disputer un match pour son équipe de cœur. Mais bien au-delà de tout cela, il a pu attirer la lumière sur le football amateur et sur l’incroyable travail effectué dans les catégories inférieures pour former du mieux possible les plus jeunes joueurs. Et c’est bien le principal…