La Résistance

A chaque grande compétition internationale (Coupe du Monde, Euro, Copa America…) la rengaine est la même : les grandes équipes du football se taillent la part du lion et laissent les miettes aux autres. Sauf que, et c’est malgré tout de plus en plus fréquent, des « petites » nations font de la résistance et parviennent à se hisser dans les hautes sphères du ballon rond. Rappelons-nous de l’incroyable parcours de la Corée du Sud lors du Mondial 2002 (demi-finale) où bien, plus récemment, du remarquable parcours du Costa-Rica lors de la Coupe du Monde brésilienne (quarts de finale). Ces équipes, en plus de montrer la grande diversité du football et de mettre certains joueurs en lumière, apportent un vent de nouveauté appréciable lors de ces compétitions.

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L’Euro 1992 va lui aussi réserver son lot de surprises. Alors que les tirages au sort de la phase finale sont faits et que la compétition arrive à grands pas, une nation va devoir déclarer forfait. Il s’agit de la Yougoslavie, en proie à une violente guerre civile, qui sera remplacée pour l’occasion par le Danemark. Une telle décision, prise quelques jours avant le début de l’Euro a posé des problèmes logistiques, mais aussi sportifs puisque certains joueurs ont dû être rappelés en urgence pour défendre leurs couleurs. « Je devais poser une nouvelle cuisine chez moi mais nous avons été appelés pour aller jouer en Suède » explique le sélectionneur, Richard Møller-Nielsen.

Une équipe en vacances, appelée au dernier moment

Et contre toute attente, et malgré un groupe relevé puisque les danois allaient affronter la France, l’Angleterre et le pays organisateur, la Suède, les bons résultats vont très vite s’enchainer, et ce malgré le forfait de la star Michael Laudrup, en froid avec Møller-Nielsen.
Est-ce l’absence de complexes, le manque de repères de leurs adversaires à leur égard ou bien tout simplement une envie débordante de bien faire qui ont permis au Danemark de terminer seconds du groupe A et d’ainsi se qualifier pour le tour suivant (au nez et à la barbe de la France de Papin) ? Nul ne le sait vraiment, et pourtant, une fabuleuse épopée se met en marche.

A tel point que le Danemark va une fois de plus écrire son destin de la plus belle des manières puisqu’en demi-finale les Olsen Banden, vont se payer le luxe d’éliminer les Pays-Bas de Bergkamp et Rijkaard. Un exploit retentissant, surtout pour une équipe qui devait être en vacances ! L’engouement est énorme pour ce « petit poucet » inattendu, des milliers de danois vont pour l’occasion s’intéresser à ce sport qui est pourtant loin d’être le plus suivi du côté de Copenhague. En l’espace de seulement quelques jours, la sélection danoise passe du statut d’inconnu à potentiel vainqueur d’un Championnat d’Europe. Un ascenseur émotionnel particulièrement lourd à digérer, en particulier au moment d’aborder la grande finale contre la redoutable Allemagne.

Une finale mémorable

C’est le 26 juin 1992 au sein de l’Ullevi Stadium de Göteborg qu’elle a lieu. Une fois passé le round d’observation, les danois frappent les premiers par l’intermédiaire de John Jensen (18e minute). Sonnés, les bataves vont bien tenter de réagir, en vain. Peter Schmeichel, mythique gardien de Manchester United va, comme tout au long de la compétition, faire des miracles dans ses buts pour empêcher l’égalisation hollandaise. A la 78e minute, Kim Vilfort porte le coup de grâce et assure la victoire finale au Danemark.

Incroyable mais vrai, cette nation, pas qualifiée sportivement et simplement repêchée à l’ultime instant sur un terrible coup du sort a finalement remporté cette compétition. C’est historique pour le Danemark qui n’avait pas l’habitude de briller malgré la profusion de bons joueurs. Cette victoire est l’exemple même de la beauté du football, sport dans lequel les miracles les plus improbables sont possibles. La conclusion de cette folle histoire revient au sélectionneur Møller-Nielsen, qui explique avec humour que maintenant, « la cuisine est terminé. Nous avons pu faire appel à un décorateur ».

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