Elevé dans la modestie

Le football est l’un des sports où les belles histoires sont légion, aussi bien pour les supporters que pour les joueurs. Il n’est pas rare d’entendre parler d’un footballeur, élevé dans la pauvreté la plus extrême, finalement devenir l’une des plus grandes stars internationales.

Nombreux sont ceux à commencer leur carrière sur un terrain vague et à pas mal galérer avant de trouver leur place dans le sport professionnel. Ce sont d’ailleurs ces destins, ces histoires, fortes et prenantes, qui pendant des décennies ont fait la mythologie du football, ont permis aux supporters de se créer leur culture propre, avec des points de repères bien spécifiques.

L’histoire d’Edwin Murati va bien au-delà de cela. Si cet albanais d’aujourd’hui quarante ans peut se targuer d’une belle carrière en première division (il a notamment joué pour le PSG et Lille), c’est aujourd’hui en tant qu’homme politique qu’il brille. Devenu conseiller économique à l’ambassade d’Albanie de Paris, c’est désormais dans un important rôle de diplomate que Murati peut se réjouir de sa situation actuelle.

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Un début de carrière en Albanie

Car en effet, rien n’a été facile pour le joueur albanais. Alors qu’il termine sa formation dans son club de jeunesse, le Partizan Tirana, Murati rêve de briller sur la scène internationale. Seulement voilà, son pays, encore marqué par la dictature d’Enver Hoxha, ne permet pas facilement l’exil à ses jeunes pousses. C’est donc clandestinement, dans le coffre de la voiture de son frère, qu’il rejoint Paris via Marseille pour tenter de percer dans l’un des plus grands clubs de l’hexagone, le Paris Saint-Germain.

Dans une interview au quotidien Libération, l’ancien président parisien de l’époque Michel Denisot, se rappelle : « une personnalité à part qui tranche dans ce milieu d’enfants gâtés, c’était à son sourire qu’on le reconnaissait ». Très vite, Murati obtient la double-nationalité, ce qui lui permet de régulariser sa situation et de jouer l’esprit plus libre.

Car en plus de cela, le joueur de poche albanais (il mesure 1m70) fait des merveilles sur le terrain. «J’ai rarement rencontré un joueur aussi déterminé, aussi sûr de son fait» se souvient encore Michel Denisot, des propos confirmés par Jean-Michel Moutier, directeur sportif du PSG à l’époque : « Il est évident qu’on ne peut pas vivre ce qu’il a vécu sans une force mentale exceptionnelle. »

Cette force de caractère, elle va permettre à Murati de vivre son rêve de footballeur professionnel à fond et de devenir un joueur très apprécié du côté du Parc des Princes. Par la suite, après plusieurs transferts qui l’emmèneront de l’Allemagne à la Grèce, c’est finalement sur une triste note, une rupture des ligaments croisés, que la belle carrière du joueur s’achève.

Une deuxième carrière dans la politique

Aujourd’hui, Edwin Murati a de nouvelles ambitions. Le football albanais est actuellement en pleine expansion et le rôle de l’ancien parisien est de convaincre des entreprises, françaises ou pas, d’investir dans le ballon rond local. « Avec l’ambassade, j’ai monté un club d’affaires franco-albanais. J’aime l’idée de faire quelque chose pour mon pays. Quand j’étais joueur, ça se limitait à donner le meilleur de moi-même. Quand on ne peut plus courir, il faut utiliser sa tête. Ma réputation me sert pour gagner du temps » explique-t-il.

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S’il fallait une preuve de la bonne santé du football en Albanie, il faudrait bien sûr évoquer la première qualification de l’histoire de ca pays pour le prochain Euro. Et comme un plaisir n’arrive jamais seul pour Edwin Murati, son pays d’origine sera confronté à son pays d’adoption, la France. Un beau retour des choses pour celui qui en plus d’être bilingue est marié à une française depuis des années !