En Angleterre, le football est bien plus qu’un simple sport, il s’agit d’une passion, d’une tradition qui passe de génération en génération de supporters amoureux de leur équipe. Pendant de nombreuses années, le Royaume-Uni a été l’un des pays européens (avec l’Allemagne et les Pays-Bas) où les fans étaient les plus virulents, et où les débordements étaient monnaie courante.

Depuis près de trente ans, les efforts de la part de l’administration et des forces de l’ordre pour assainir les stades ont porté leurs fruits et les enceintes outre-Manche sont désormais plus tranquilles. Si la violence n’est quasiment plus présente, il reste une particularité liée aux supporter anglais directement inspirée de cette époque, les chants « ciblés ».

Ces derniers peuvent avoir un large choix de sujets tant l’imagination du public est large mais, de manière générale, ils concernent une équipe et son environnement (sa ville, son palmarès…) ou alors un joueur en particulier. Bien sûr, le chant le plus connu reste le fameux « You’ll never walk alone » (vous ne marcherez jamais seuls), entonné avant chaque match à Anfield Road, célèbre stade de Liverpool. Cette chanson a une symbolique forte, elle représente le lien fort qui existe entre le public issu du milieu ouvrier de l’époque et les joueurs de l’équipe. Cette force existe encore, elle se ressent dans chaque mot chanté par le public Reds.

Mais le public britannique a plus d’une parole dans son sac, et ce dernier excelle en particulier lors de l’écriture de chansons destinée à un joueur en particulier. Elles sont réservées à un hommage lorsqu’un élément évolue à un bon niveau ou alors dans le cas contraire si ses performances sont jugées insuffisantes, il va être moqué. Ces textes satiriques sont extrêmement représentatifs des stades anglais tant sur la forme, que dans le fond. Si l’on ajoute à cela un soupçon d’humour anglais, moqueur et pince sans rire, on obtient parfois quelques bijoux qui pourraient figurer dans les meilleures ventes d’albums !

Au détour des années 2000, les joueurs français, les frenchies, avaient la côte en Premier League. Il est donc normal que nombre de ces chants leurs soient destinés. Thierry henry était l’un d’eux. Au moment de sa gloire du côté d’Arsenal, les supporters londoniens avaient repris une célèbre chanson du rappeur 50 cent afin de célébrer leur joueur : « he’s the best player you’ll ever see, Thierry Henry ». Et les exemples sont nombreux ! L’ancien marseillais Habib Beye a lui aussi un chant mythique, composé sur l’air Happy Days : « Sunday, Monday, Habib Beye ».

Plus récemment, le défenseur Laurent Koscielny avouait avoir envie d’une chanson à son nom. Les supporters d’Arsenal lui ont donc écrit quelques couplets assez ironiques, ou l’on peut tout simplement entendre « Il veut sa chanson, Laurent Koscielny veut sa chanson ». So British !

En revanche, ces chants servent aussi à chambrer l’adversaire. En Angleterre, les derbys sont nombreux et tous les coups sont permis entre supporters adverses. Si certains textes vont bien trop loin, d’autres restent amusants, à l’image de cette chanson des fans de Manchester United qui se moque gentiment de la dentition de Luis Suarez. Jonjo Shelvey est lui aussi souvent pris pour cible par le public pour sa ressemblance avec un ennemi d’un célèbre héros de romans pour enfants. Ainsi, il n’est pas rare d’entendre « Harry Potter, he is coming for you » lorsque ce dernier touche la balle.

A l’image de ce que représente le football en Angleterre, ces chants font partie de l’identité des supporters, et de manière plus générale des habitants d’une ville où d’un quartier, chose importante outre-Manche. De par leur légendaire humour, les fans ont su créer un lien fort entre eux et les joueurs de leurs clubs favoris. Ces chants sont réputés à travers le monde et montre qu’une nouvelle fois, le football n’est pas qu’un sport de haine mais également un lieu de paix et de passion.